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Soupçonné de fraude fiscale, Carlos Ghosn a été mis en garde à vue

Soupçonné de fraude fiscale, Carlos Ghosn a été mis en garde à vue

Carlos Ghosn, le PDG du groupe automobile Renault-Nissan, a été arrêté dans la soirée du lundi 19 novembre 2018 à Tokyo, sur la base de soupçons de dissimulation de ses revenus aux autorités fiscales. Il est également accusé d’utilisation des biens du groupe à des fins privées. Cette arrestation surprise a provoqué la stupeur générale et fait plonger les titres.

Chute brutale d’un titan

Le bureau du parquet de Tokyo a donné aujourd’hui la confirmation de la mise en garde à vue du patron de l’alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi Motors sur fond d’accusations de malversations, plus spécifiquement de non déclaration d’une partie de ses revenus au fisc japonais. D’après un communiqué, le dirigeant de 64 ans a monté un complot visant à minorer sa rémunération cinq fois au cours de la période allant de juin 2011 à juin 2015.

Il n’a ainsi déclaré à l’administration du fisc que 4,9 milliards de yens (37 millions d'euros environ au cours actuel) sur les 10 milliards de yens qu’il a gagnés sur cette période. Le constructeur d’automobiles Nissan avait déclaré plus tôt dans la journée d’hier que celui qui est à la tête de son conseil d’administration avait, sur plusieurs années, déclaré des revenus largement en deçà de leur réel montant. Il avait alors exprimé son intention de démettre Ghosn de son poste, proposition qui fut, par la suite, validée par Renault et Mitsubishi.

Allégations d’autres malversations

Hier, Hiroto Saikawa, président exécutif de Nissan, a fait cas de plusieurs autres malversations que le Franco-Libano-Brésilien aurait commises comme « l'utilisation de biens de l'entreprise à des fins personnelles ». Selon l’agence de presse coopérative Kyodo qui cite des sources au plus près du dossier, Ghosn aurait, entre autres, fait des séjours gratuits au sein de nombreuses propriétés de l’entreprise dans quatre pays dont les Pays-Bas. Saikawa a, par ailleurs, souligné qu’une rencontre du conseil d’administration de Nissan est prévue pour jeudi prochain et que celui-ci se prononcera sur l’éviction de son président. Le groupe Mitsubishi Motors (MMC) a indiqué une décision identique. Quant au conseil d’administration du groupe au losange, il a déclaré qu’il se réunirait « au plus vite ». Aujourd’hui en milieu de journée à la Bourse de Tokyo, le titre Nissan perdait 4,32 % tandis que celui de MMC dégringolait de 7,12 %. L’action Renault a, elle, finit hier à la Bourse de Paris avec une baisse de 8,43 % à 59,06 euros.

Équilibre fragile de l’alliance

Les autorités françaises et japonaises s’accordent en ce qui concerne le maintien de « la stabilité de l'alliance », qu’il soit question d’Emmanuel Macron, Président français, dont le pays détient 15 % du capital de Renault ou de Hiroshige Seko, ministre japonais de l'Industrie. L’aspect judiciaire de cette affaire soulève cependant plusieurs interrogations, dont celle de la probable implication d’autres responsables. Le ministre français de l'Économie et des finances, Bruno Le Maire, a indiqué avoir demandé lundi dernier des vérifications à propos de la situation fiscale en France de Carlos Ghosn et qu’il n’y avait « rien de particulier à signaler ».

Mardi 20 Novembre 2018 La Rédaction