Rubrique Economie

Relocalisation des entreprises américaines

Relocalisation des entreprises américaines

Il y a encore 20ans, la délocalisation vers les pays à bas coûts étaient une obligation. Du moins, cette disposition était présentée ainsi. Déjà en octobre 2010, General Electric, par son PDG Jeff Immelt, annonçait ne pas vraiment « trouver dans les caisses les centimes censés avoir été économisés ». Un phénomène qui tend à s'accentuer ces derniers mois.

Pourquoi être partis ?

Un main d'oeuvre plus productive, des coûts salariaux bien moindres, des besoins en main d'oeuvre non-qualifiée, des taxations favorables et une optimisation fiscale. Les choses sont claires, l'objectif était de réduire les coûts, d'augmenter les marges et donc les profits. Bref, les avantages comparatifs, liés à un environnement économique favorable.

De plus, certains pays se sont spécialisés dans leur production, incitant ainsi les pays demandeurs à s'implanter directement sur leur territoire. C'est la loi des avantages absolus de Smith. Des pays se spécialisent dans une ou deux productions chacuns et s'échangent leurs productions (souvent complémentaires).

Qui songe à revenir ?

General Electric, Apple, Caterpilar ou encore Whirlpool ont déjà rapatrié des activités sur le sol américain. Preuve en est qu’il n’y a pas de secteur prédestiné à un retour sur le sol américain. Actuellement 80% des produits vendus par Whilpool aux Etats-Unis y sont produits. Ford a cessé de produire au Mexique ou Japon, pour revenir dans le Michigan à proximité de leur site d’assemblage de leurs véhicules hybrides il ya 3ans. Aujourd’hui, 1 dirigeant sur 2 présent à l‘étranger songe à rentrer au pays, et ¼ d’entre-eux ont déja entamé les démarches. Une inversion de tendance est clairement au cœur de l'actualité économique des américains

Pourquoi rentrer au pays ?

Le retournement de tendance qui s’opère depuis le début de la décennie et qui s’accélère clairement en cette période de ralenti économique, est un symbole fort. Les dirigeants n’écartent plus la possibilité de revenir produire aux USA. En cause, les coûts des salaires et de l’immobilier industriel qui ne cessent de croître. En effet, les salaires et cotisations augmentent fortement en chine notamment, et les mouvements salariaux s’enchaînent afin de tirer les salaires vers le haut. Les problèmes de délai et de qualité de fabrication existaient déja mais étaient budgétisés afin de maîtriser les coûts ; mais aujourd’hui, viennent s’adjoindre à ces coûts indirects des frais fixes qui augmentent. Le porte-monnaie est cette fois directement touché ! Ainsi, les écarts de coûts globaux se resserrent fortement. Aussi, le taux de syndicalisation des salariés américains n’a jamais été aussi bas (10% de la main d’œuvre).
De plus, on connaît le patriotisme américain, et le Made in USA en période de troubles économiques revient en force. C’était d’ailleurs un des éléments de campagne du Président Obama (l’insourcing) mettant en avant son sauvetage de General Motors. On estime que l’année prochaine, le coût moyen d’un ouvrier chinois représentera 60% de celui d’un américain (le Boston Consulting Group grimpe même à 90%); contre 20% il y a 10ans.
Ainsi, prenant en compte la logistique, le transport, les problèmes de qualité, les droits de douane et les fluctuations monétaires (et les politiques locales fluctuantes) ; produire en Chine n’est plus rentable. Enfin, et toujours dans un objectif de maîtrise des coûts, il peut s’avérer plus profitable de fabriquer les pièces d’un élément à proximité de l’usine de montage, surtout si ce produit est destiné au marché national. C’est ce qui a notamment été mis en évidence par Ford.

Une dernière chose, mais non quantifiable, revenir produire sur ses terres vient améliorer l’image de marque d’une entreprise.

Les freins ?

Pour que relocaliser soit judicieux et surtout rentable, il est indispensable de disposer d’une main d’œuvre qualifiée. En effet, les coûts salariaux seront toujours supérieurs aux Etats-Unis par rapport aux pays d’Asie ; il faut donc une productivité supérieure sur place qu’à l’étranger. Dès lors, cela ne peut s’appliquer aux composants électroniques et au secteur recherche et développement des sociétés qui pèsent bien plus que le coût du travail dans les finances. La fiscalité « agressive » aux USA reste tout de même un mur à franchir ou à faire tomber, car l’objectif second des délocalisations était l’optimisation fiscale. Enfin, la délocalisation est aussi et surtout une résultante de la désindustrialisation. L’activité manufacturière américaine ne représente que 10% de son PIB. Les villes en faillite ou proche sont nombreuses ; et il y a un manque évident aujourd’hui de zones industrialisées pouvant accueillir les travailleurs américains pourtant formés et capables de satisfaire les entreprises, et ainsi créer une émulation des activités dans une région donnée (et par conséquent une baisse du chômage). Ces points ne devront être résolus un par un, mais en synergie totale afin effectivement de faire relever la tête à l’industrie américaine.

Vendredi 24 Octobre 2014 La Rédaction