Rubrique Economie

La fin du miracle allemand ?

La fin du miracle allemand ?

Un système modèle, pris en exemple. Une économie et des budgets dans le vert. L’Allemagne tient le haut du pavé dans l’échelle des économies mondiales. Reine de la zone Euro, la locomotive allemande va presque à l’opposée des évolutions des autres états membres, jusqu’à atteindre l’équilibre budgétaire à la fin de cette année. Près de 50ans que cela n’était plus arrivé ; l’ange Merkel semblait avoir les clés. Mais le miracle touche-t-il à sa fin ?

Première économie de la zone Euro, l’Allemagne est clairement enviée par ses voisins européens. Le pays, bien que critiqué, a un modèle de croissance enviable qui a pour socle le commerce extérieur. Avec une année 2013 dynamique, Angela Merkel présentait une économie forte, dépassant les prévisions des économistes et battant même des records en matière d’excédent commercial ; portée par l’automobile, la construction mécanique, le secteur pharmaceutique et l’électrotechnique. L’Allemagne semblait donc tenir les clés grâce à sa compétitivité, les taux d’intérêt bancaire et la valeur ajoutée technique des produits manufacturés. Néanmoins, dès 2012, les moteurs de l’activité allemande commençaient à ralentir.

Face au ralentissement

Contre toute attente et à l’opposé des prévisions qui ciblaient la croissance allemande autour de 2%, les derniers chiffres de l’économie présentés ce jeudi 9 octobre apportent une part d’ombre à ce système qu’on imaginait enthousiasmant et surtout porteur de l’économie européenne. Les prévisions des 4 instituts de conseil de la chancelière (Ifo, DIW, RWI et IWH) (l’équivalent français d’instituts de sondages et d’instituts indépendants de conseil économique) ont finalement ramené la croissance potentielle de l’Allemagne à 1.2%. Ces instituts précisant que cette situation serait partie pour durer et ne serait pas « accidentelle ».

Le train allemand va-t-il dérailler ?

Angela Merkel, qui pilote assurément seule le train européen vers une situation économique apaisée depuis plusieurs mois, s’empresse de réagir. Au lendemain de la rencontre franco-allemande au sommet de Milan mercredi dernier lors duquel il a été mis en avant la nécessité absolue de relancer la demande en Europe, la chancelière cherche déjà les moyens de stimuler l’investissement et de relancer les exportations des entreprises. Des travaux bien difficiles à mener par une Allemagne dépendante des climats politico-socio-économiques des partenaires que sont la France, la Hollande, les pays impliqués dans la crise ukrainienne (surtout la Russie), et dont les exportations vers la zone euro représentent près de la moitié de leurs exports.

Quelle évolution ?

Il est évident que, quelles que soient les dispositions prises par Mme Merkel, le 3è trimestre ne présentera pas de chiffres plaisants et risque même d’être plus critique que le 2nd. Toute l’Europe devrait en pâtir, et le marché du travail en subira les méfaits. Sans l’apport d’un autre moteur que sa seule économie, l’Allemagne ne pourra plus tirer l’Europe vers le haut et ne pourra pas ralentir sa chute. La rencontre organisée en urgence avec le gouvernement chinois, présentant lui aussi des difficultés) devra déboucher dans tous les cas sur des accords d’échange entre les deux économies pour apercevoir dans un futur proche une pente ascendante de la croissance. Le FMI a beau donner des pistes, encourageant la construction et la rénovation des infrastructures et incitant le gouvernement à augmenter ses investissements, ces dernières sont les pistes habituelles et ne permettent pas de se montrer optimistes car influeraient considérablement sur l’équilibre budgétaire allemand. De quoi faire chuter le moral des patrons allemands.
Néanmoins, investir paraît être la voie du salut... dans l’immédiat... et uniquement si cet effort est fait en synergie avec d’autres états membres de l’Union. Seule, l'Allemagne ne peut, pour le moment, plus lutter.

Vendredi 10 Octobre 2014 La Rédaction