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Facebook: Une experience qui ne passe pas

Facebook: Une experience qui ne passe pas

L’image de marque du réseau social Facebook continue de s’effriter. Déjà accusé de communiquer les données personnelles de ses utilisateurs, il vient de révéler une enquête faite sur près de 700.000 d’entre eux à leur insu. Cette étude a déclenché un tollé général ainsi qu’une vague de suspicion vis-à-vis du réseau.

Facebook a révélé avoir fait une expérience sur 689.003 de ses utilisateurs anglophones, choisis au hasard. Si les résultats de cette étude semblent intéressants, ils n’intéressent pas autant l’opinion publique que les méthodes utilisées par le réseau pour les obtenir.

Une vaste expérience sur la contagion émotionnelle

Durant la semaine de 2012 qu’a duré l’expérience, les chercheurs de Facebook ont modifié subrepticement les messages de ses 700.000 cobayes. Ces derniers ont, selon le cas, reçu plus de publications positives ou négatives. Les fils de leur actualité se sont ainsi vus positivés et vice versa. Le but de l’expérience était de savoir si les nouvelles bonnes ou mauvaises lues sur le réseau pouvaient influer l’humeur des utilisateurs. Les conclusions de l’étude montrent que oui. Les interactions non verbales ne sont pas nécessaires à la contagion émotionnelle. Les émotions exprimées par des tiers via Facebook influencent nos propres émotions, preuve qu’une contagion émotionnelle massive peut avoir lieux via le réseau social. En effet les personnes qui ont reçu des posts positifs ont à leur tour émis des publications positives et vice versa.

Controverse générale

De nombreux scientifiques ont émis des doutes quand à la validité des résultats de cette étude. Le protocole suivi par l’expérience ne serait pas valable, de nombreuses données étant incomplètes ou sommairement analysées. L’opinion générale a également réagit à la publication de cette étude. De nombreuses voix se sont levées pour souligner le fait que les internautes intéressés n’aient pas été avisés. D’autres encore ont fustigé le manque d’éthique des chercheurs qui ont intentionnellement attristé des milliers de personnes. Il existe également une autre inquiétude beaucoup plus répandue. Et si cette étude n’était que la pointe de l’iceberg, et que le réseau s’était livré à de plus grandes expériences ? Face à cette incertitude, de plus en plus de personnes tournent le dos au réseau social, fermant tout simplement leurs comptes et encourageant leur entourage à faire de même. De leur coté, les institutions chargées de protéger les internautes prennent également leurs dispositions.

Facebook sous enquête

Face à cette situation, les autorités britannique et irlandaise de protection des données ont ouvert une enquête sur le réseau. Elle aura pour but de déterminer si le réseau à travers cette expérience a enfreint des lois, et si oui, lesquelles. Une série de question a été envoyée à Facebook afin de détecter les éventuels problèmes de confidentialité, concernant principalement l’accord des internautes pour l’étude. Facebook pourrait recevoir une amende allant jusqu’à 628 604€. Mais même en l’absence de sanctions juridiques, le réseau souffrira encore pendant longtemps d’un manque de confiance de la part de ses utilisateurs.

La réaction de Facebook

Face aux diverses réactions soulevées par la révélation de cette étude, Facebook a également réagi. Il reconnait qu’il y a eu un dérapage. La directrice des opérations Sheryl Sandberg déclarait à ce sujet : «Nous avons très mal communiqué à ce sujet et à ce titre, nous vous présentons nos excuses. Il est évident que des personnes ont été dérangées par cette étude et nous en assumons la responsabilité. ». Néanmoins, le groupe souligne la légalité de l’expérience qui serait permise selon les clauses de sa politique d’utilisation de données. Ces clauses sont acceptées lors de l’ouverture du compte, mais très peu d’utilisateurs prennent la peine de les lire. Il est quand même important de souligner que le passage de ces clauses mentionnant la possibilité d’effectuer des expériences sur les utilisateurs n’a été ajouté que quatre mois après l’étude, relançant ainsi le débat relatif à la légalité et à l’éthique de l’étude. L’auteur de cette étude, Adam Kramer a d’ailleurs tenu à la défendre : «Ayant moi-même écrit et conçu l’expérience, je peux vous dire que notre objectif n’a jamais été de choquer qui que ce soit», déclare t-il. «Je peux comprendre pourquoi certaines personnes ont des préoccupations à ce sujet (l'idée d'être manipulé par Facebook), et mes collègues et moi sommes profondément désolés de la façon dont le document décrit l’expérience, et toute l’anxiété qui a pu être causée. Avec le recul, le partage de nos résultats de recherche ne justifiait peut-être pas toute cette anxiété», avec une pointe d’ironie. «Nous voulons faire mieux à l’avenir et améliorer nos procédures en tenant compte de ces réactions. L’étude a été conduite en respectant la protection des informations personnelles et nous sommes heureux de répondre à toutes les questions des autorités de régulation» a assuré un porte parole officiel du groupe laissant ainsi entendre que les études et expériences continueraient. Les internautes sont donc avertis.

Jeudi 3 Juillet 2014 La Rédaction